Fils de Cheick et de Assitan Cissé, descendant direct du marabout conquérant El Hadj Oumar Tall, arrière-petit-fils d’Amadou Sékou dernier roi de Ségou, homonyme de son grand-père paternel, Mountaga Tall est né à Ségou le 10 décembre 1956, huitième anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits l’Homme.
Il fréquente d’abord l’école coranique avant d’être inscrit en 1963 au Groupe Central de Ségou où il obtient 10 ans plus tard le diplôme d’Etudes Fondamentales (DEF). Poursuivant ses études au célèbre Lycée Askia Mohamed de Bamako, il passe brillamment le baccalauréat philo langues (série lettres modernes) en 1977. Orienté à l’université de Dakar, il y entreprend des études sanctionnées en 1980 par une maîtrise en droit.
Major de sa promotion en Droit International Public, Mountaga Tall sera nanti en 1981 d’un doctorat de troisième Cycle (DEAG suivi en 1982 d’un diplôme d’Etudes Approfondies d’Enseignement en Histoire du Droit).
Parallèlement à ses études, Mountaga Tall menait d’intenses activités syndicales au sein de l’Association des Scolaires Maliens à Dakar (ASMD) dont il était un des leaders. Dès cette époque, il a établi de solides rapports avec d’autres ténors du mouvement estudiantin malien.
Aussi sa participation active à la grève scolaire 1979-1980 et à l’occupation de l’ambassade du Mali à Dakar suite à l’assassinat d’Abdoul Kader Camara Cabrai (le 17 mars 19980) lui coûtera-t-elle une bourse post-universitaire largement méritée.
Il prête serment en qualité d’avocat stagiaire à Dakar en mars 1981 et rentre au Mali le jour même où son stage prend fin. Installé comme avocat en 1984, Mountaga Tau réussit à bâtir un des cabinets les plus importants les plus respectés de Bamako. Témoin, la constante sollicitation dont il est l’objet de la part de ses pairs depuis cette date:
- Secrétaire Général de l’Ordre des Avocats,
- Vice Président de l’Association Internationale des Jeunes Avocats (AIJA),
- Secrétaire Générai de l’Union des barreaux Ouest-Africains (UBAO),
- Secrétaire Général l’Association des Jeunes Avocats du Mali (AJAM).
Depuis 1984, Mountaga Tall est l’un des ténors du Barreau malien. Brillant plaideur, il a gagné d’innombrables procès pour la liberté et contre l’Etat sous le régime de Moussa Traoré. A titre d’exemples, il a réussi à fa condamner le Ministre de la défense, à défendre de façon satisfaisante Oumar Mariko (leader estudiantin) Novembre 1986, Issa N’Diaye (actuel Contrôleur Générai d’Etat) et d’autres syndicalistes en 1989 ainsi que journal AURORE.
Homme d’action, mais refusant de militer dans des partis clandestins, Mountaga Tall, à son retour au Mali, s’est plutôt investi dans la vie associative en laquelle il croit profondément. Ainsi, membre fondateur de i’Association Malienne d’Etudes et de Recherches Juridiques (AMERJ), membre de l’AMDH et Président d’honneur l’Association des Diplômés initiateurs et Demandeurs d’Emploi (ADIDE) depuis la création de celle-ci, en raison de l’intérêt qu’il porte aux problèmes d’emploi.
Me Tall pèsera fortement en Août 1990 dans l’option du Barreau malien en faveur de la démocratie pluraliste.
Me Mountaga Tall, c’est aussi et surtout l’homme qui, en accord avec cinq autres camarades de lutte, a convoqué le 18 Octobre 1990 à Faladiè-Sema l’Assemblée Constitutive du Comité National d’lnitiative Démocratique (CNID), première association politique légalement constituée au Mali. C’est donc lui qui a donné aux combattants pour la liberté et la démocratie les moyens juridiques de sortir des sentiers touffus de clandestinité. La presse internationale saluera la naissance du CNID comme celle de « l’opposition à visage découvert ». Mais humble, Mountaga reconnaîtra qu’il ne s’agit là que d’une étape dans le long combat que mène l’ensemble du peuple malien pour la démocratie.
Faisant preuve d’un courage physique frisant parfois la témérité, Me Mountaga Tall a personnellement conduit les premières marches pour la démocratie et le multipartisme au Mali:
- celle (CNID) du 10 décembre 1990 la plus risquée mais aussi la mieux organisée,
- celle du 30 décembre 1990 qui permit la jonction entre l‘ADEMA et CNID, noyau incontestable de ce qui sera plus tard appelé le Mouvement Démocratique,
- celle du CNID du janvier 1991 où touché de plein fouet par une grenade lacrymogène, il sera admis à l’hôpital,
- enfin la marche historique (CNID-ADEMA) du 19 janvier 1991 à Ségou malgré le coup de semonce de la veille à Bamako.
Contraint à la clandestinité en janvier 1991, Me Mountaga Tau quitte le Mali en février de la même année sur ordre du Comité Directeur du CNID. Pour ses camarades, il s’agit, d’une part, de le mettre hors de portée des milices privées constituées pour attenter à sa vie et d’autre part de le charger d’informer l’opinion internationale sur la répression au Mali à un moment où la guerre du Golfe mobilisait toute les attentions.
Président du CN1D-Association puis du CNID Parti (Congrès National d’initiative Démocratique) depuis le mars 1991, Me Mountaga TalI a reçu l’investiture de son Parti le 17 janvier 1992 pour se présenter aux élections présidentielles de 1992.
Assurément, le plus jeune des présidentiables, dont le slogan de campagne était « rassembler pour construire » est aussi un des plus distingués. En effet, crédité à 35 ans d’environ 12% des votes suivant résultats du 1er tour, il occupe le troisième rang après Alpha Omar Konaré de l’ADEMA-PASJ et Tiéoulé Konaté de I’US-RDA. En outre il sera le seul parmi les candidats aux présidentielles à siéger dans la future Assemblée nationale pour avoir triomphalement conduit dans la circonscription de Ségou la liste des candidats CNID à la députation. Au terme des législatives de 1992, le parti de Me TalI apparaît comme deuxième force politique du pays et sera le seul après l’ADEMA-PASJ à pouvoir constituer un groupe parlementaire dont il assurera la présidence pendant les 5 ans de la 1ère législature de la III eme république.
Chef de l’opposition parlementaire, Me Tall aura la sagesse de ne pas donner de consigne de vote au second tour des présidentielles et l’élégance de reconnaître les résultats électoraux de 1992 malgré les réserves formulées et les plaintes déposées par de nombreux partis politiques. Ainsi, il contribua fortement à apaiser climat social dans notre démocratie en gestation.
Non signataire du Pacte Républicain par fidélité aux principes démocratiques, le CN1D-FYT tout en réclamant de l’opposition, participe en Avril 1993 au gouvernement de Me Abdoulaye Sékou Sow. Il s’agissait après les séismes sociaux du 5 Avril ayant entraîné la chute du gouvernement Younoussi Touré, non d’un simple gouvernement de coalition mais d’un gouvernement de Salut Public, d’une « union sacrée des démocrates pour sauver le processus démocratique en péril. Mais le non respect par l’ADEMA-PASJ des engagements pris amènera le parti du soleil levant à quitter le gouvernement en Février 1994 peu de temps après I’US-RDA (Novembre 1993) et au même moment que le RDP et le PDP, tous après avoir fustigé la déloyauté du parti majoritaire. Cette sortie du CNID-FYT du gouvernement fit des mécontents en son sein et provoquera le départ de certaines « têtes d’affiche ». En mars 1995 lors du premier Congrès ordinaire du parti ces hommes, après avoir perdu la longue bataille juridique qui les aura opposés à Me TalI, créeront leur propre parti pour se retrouver dans la mouvance présidentielle et retourner au gouvernement.
Le Parti du Soleil levant en sort plutôt renforcé et poursuit son combat au sein de l’opposition pour une relecture du Code électoral, comme membre du RFP avant de se retrouver dans le COPPO ( Collectif des Partis politiques de l’Opposition) suite au désastre électoral du 13 Avril 1997.
Candidat aux élections présidentielles de 1997, Me Mountaga TalI est l’un des artisans de rassemblement l’opposition pour une alternance pacifique.
Chef de file de l’opposition parlementaire de 1992 à 1997, il aura beaucoup contribué à démontrer, au regard des énormes fautes commises par le pouvoir que malgré l’existence d’une écrasante majorité ADEMA à la chambre, l’opposition pouvait réussir l’alternance en 1997.
Homme de mesure, visionnaire, nourrissant une ambition légitime pour le Mali, Me TALL fit en 1993 à la tribune de l‘Assemblée Nationale un long plaidoyer en faveur de la réconciliation nationale, réconciliation entre les différentes formation politiques du pays notamment entre le PSP et I’US-RDA, entre I’US-RDA et l’ex-UDPM ? entre I’UDPM et le Mouvement Démocratique.
Sa conviction politique était et demeure que seule la tolérance peut sauver notre pays si chacun accepte loyalement d’emprunter la démarche suivante: réconcilier pour rassembler, rassembler pour construire. il met ses éminentes qualités de juriste, doublé d’un politique avisé, au service de l’action parlementaire, émettant souvent des avis pertinents même s’ils n’ont pas toujours été suivis. Il s’est battu en vain mais avec beaucoup de courage contre une majorité monolithiquement hostile pour faire passer dans ce pays de croyants, une proposition de loi visant à donner la même valeur juridique aux mariages civil et religieux. Il montra à suffisance les aberrations contenues dans le projet de loi électorale adopté en Septembre 1996 par la majorité mécanique ADEMA avant d’être annulé par la cour constitutionnelle suite à une requête de l’opposition parlementaire. Mountaga Tall sera aussi la vedette de deux motions de censure contre le gouvernement d’Ibrahim Boubacar Keïta, la première en raison de l’incapacité dudit gouvernement à résoudre la crise scolaire, la seconde suite à son incompétence quant à l’organisation d’élections libres et régulières. Mais c’est son passage à I’émission « Le Point » du 24 Novembre 1996 qui aura confirmé, à l’opinion nationale et internationale, la stature d’homme d’Etat de l’Avocat, montré le chemin parcouru par cet aristocrate de naissance devenu homme du peuple conviction politique, révélé la maturité acquise en cinq ans par le jeune politicien grâce à ses multiples contacts avec la société civile et le pays profond, à son action parlementaire, à ses conférences de presse et meeting ses rencontres internationales et à son humilité. Son ancêtres El Hadj Oumar Tall dont l’épopée aura beaucoup contribué au 19è siècle à la propagation de l’islam et au renouveau politique du Soudan Occidental ne disait-il pas: « ne demandez pas à quelqu’un son origine pour le juger mais demandez lui plutôt ce qu’il a fait pour pays et pour le triomphe de l’islam ? »
Naturellement, tant d’atouts pour un seul homme suscitent à la fois beaucoup d’admiration et de jalousie. C’est cela qui fait de Me Mountaga Tall un homme controversé, un homme qui, parce qu’il sort de l’ordinaire, ne laisse personne indifférent. Ainsi, au regard de son parcours, Me TalI apparaît comme l’un des généraux de la grande armée des soldats de la démocratie malienne.
Fervent lecteur de Victor Hugo et des auteurs russes, notamment Dostoïevski, photographe amateur, mari père de quatre enfants, Me Mountaga Tall, qui a déjà un nom et un prénom difficiles à porter doit, pour passer dans l’histoire, réussir, avec l’aide de Dieu et des démocrates, et non moins difficile pari de préserver et consolider la démocratie malienne si héroïquement conquise. Ainsi l’exemplarité malienne aura honorablement servi toute l’Afrique.
Mais à la faveur du coup d’Etat civil permanent que constituent les élections de 1997, les vieux démons se réveillent. Des milices privées sont encore constituées, cette fois—ci dans un régime dit de démocratie pluraliste pour attenter aux biens et à la vie de Me Mountaga Tall. Objectif du pouvoir ADEMA: mettre les leaders l’opposition en prison pour saper le moral des militants de l’opposition et faire du Mali non la chose publique mais plutôt l’affaire d’un clan.
C’est oublier que Me TalI, qui a compris qu’il n’y a pas de solution individuelle au problème malien, que la solution sera globale ou ne sera pas, ne reculera pas devant les menaces et intimidations d’un pouvoir de.
Le Président Modibo Keïta disait un jour: « La force d’un pays réside dans sa force morale. Dès l’instant que la morale d’un pays est entamée, ce pays s’engage dans la voie de la dégradation».
Parce qu’il refuse d’être « un îlot de prospérité dans un océan de misère », Me Tall voudrait contribuer à ressusciter les vertus cardinales notre peuple, vertus sans lesquelles il n’y aurait ni démocratie ni développement au Mali.
@CNDMALI


