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Ténenkou : LA FIEVRE DE LA LOONGAL TÉNÉMA

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Initiée depuis 1943 par le chef de canton Tahirou Cissé, cette course de pirogue est l'événement le plus fêté dans le Macina
Voyager sur Ténenkou en cette période de l'année est long et périlleux. Le fleuve déborde tant qu’il a fini par inonder une bonne partie de la zone propice à la culture du riz. La route est impraticable et pour accéder Ténenkou les moyens de transport utilisés par les voyageurs sont les pirogues ou les pinasses. C'était notre cas samedi dernier. Nous avons embarqué dans une petite pinasse à Macina. Nous étions huit, plus les deux jeunes garçons qui étaient aux commandes. À peine le moteur en marche, l'un d'entre eux nous lançait : "les eaux sont très profondes entre Macina et Diafarabé. Mais rassurez vous tout va bien se passer". Cette petite phrase n'a rassuré personne, surtout pas ceux qui empruntent pour la première fois une pinasse sur le Djoliba.
Nous venons de prendre le départ d'un long voyage. La pirogue avançait lentement. Le vent soufflait doucement et le courant étaient plutôt faible. L'air humide a enveloppé la pirogue, installant une atmosphère détendue. "C'est agréable. On est loin de l'air pollué de Bamako", releva l'un d'entre nous. Personne ne se plaignait. On discutait de tout et de rien durant les 3 heures passées à rallier les hauteurs de Diafarabé. C'était aux environs de 14 heures. Après une petite pause, l'équipe réembarque dans une pinasse qui conserve son train de sénateur. Cette allure lymphatique finit par agacer les uns et les autres. Et pourtant nous avons encore 3 heures de trajet devant nous. Le temps passant, l’impatience grandit. Les pirogues de course accostées sur la berge des villages bordant le fleuve, annonçaient un grand événement et commençaient à nous mettre dans le bain.
Notre pirogue touche enfin au quai de Ténenkou. Il était 17 heures et demi.
Au même moment une jeune fille était en train d'être intronisée officiellement marraine de l'événement le plus populaire de Macina : la Loongal Ténéma. Cette fête populaire mettant en compétition les pirogues de différentes contrées a été initiée en 1943 par Tahirou Cissé, alors chef de canton de Ténenkou.
La jeune fille intronisée s'appelle Coumbel Hamadi Traoré. Agée seulement de 18 ans, elle est désormais chargée de coordonner toutes les activités. Elle est épaulée par un comité d'organisation. L'intronisation de la marraine appelée aussi « fille d'honneur », donne le coup d'envoi de la fête qui mobilise chaque année tout le Macina à Ténenkou. La population de la cité double à cette occasion. "Aucune fête ne peut mobiliser un tel monde à Ténenkou si ce n'est la régate Ténéma. C'est incontestablement l'évènement le plus fêté dans l'année", confirme un notable de la ville, visiblement très ému par le mouvement de la foule. La nuit tombe et malgré l'obscurité, Ténenkou est encore en effervescence. Les gens s’activent de tous les côtés et dans tous les sens. Tout le monde se trouve sur une place publique pour danser jusqu'à l'aube. Les meilleurs danseurs seront récompensés.

AMBIANCE SURCHAUFFÉE. Au matin, à peine le soleil levé, une foule compacte s'est déjà massée sur le quai pour assister à la course des pirogues. Cette étape est le clou de la fête. L'ambiance est surchauffée et le soleil tape très fort. Le célèbre flûtiste du Macina, Wandé Bara Karota, tient la foule en haleine dans une ambiance électrique. Les pirogues en compétition arrivent les unes après les autres au quai et au passage devant les officiels, chacune d'elles exécute une démonstration de force et lance le défi de remporter la course. Un notable de Ténenkou nous explique que la fabrication d’une pirogue de course nécessite de 300 à 500 000 Fcfa. En plus chaque village participant dépense une fortune dans les « maraboutages » pour gagner la course. Car remporter la Loongal Ténéma est avant tout une question d'honneur et les concurrents ne lésinent pas sur les moyens pour atteindre l'objectif.
Revenons sur la course de dimanche dernier. Les équipes de rameurs sont galvanisées par leurs nombreux supporters qui ont fait le déplacement. Cette année, 11 équipes sont en compétition. Elles viennent de Niasso, Tina, Tiennel-Barka, Saréhamadoun, Narewal, Sabarè, Diondjori, Moura, Toguéré-Sangha, Guelèdiè et Coubi-Téra. Chaque pirogue est mûe par une trentaine de gaillards. On les appelle les percheurs car ils pilotent avec la perche.
Le coup d'envoi de la course est donné à 9h20 par le chef de village de Ténenkou, Hamadoun Amadou Cissé. Le patriarche a pris soin de souhaiter bonne chance aux concurrents et de promettre un taureau au premier qui enlèvera le drapeau sur la ligne d'arrivée. Un geste qui atteste de la fierté des descendants de Tahirou Cissé de perpétuer la tradition.
Les pirogues prennent le départ au village de Kigney, à 8 km de la ligne d'arrivée. Les concurrents se signalent de très loin par leurs mouvements. La foule se déchaîne et les encouragements fusent de toutes parts. Au bout d'une vingtaine de minutes, la course est remportée par Guelèdiè qui était considéré jusque là comme un outsider car le village est situé dans une zone en grande partie exondée et ses piroguiers semblaient moins compétitifs que leurs adversaires de Tiennel-Barka, Narewal, Sabarè ou Diondjori. La surprise est donc générale et l'émotion très forte au sein de la foule. Les villages de Tiennel-Barka et Saréhamadoun arrivent respectivement deuxième et troisième.
Après la course, la foule se disperse pour réapparaître quelques heures plus tard sur le quai pour la remise des prix aux gagnants dans une folle ambiance. La cérémonie est marquée par des exhibitions des piroguiers, des déclamations de poèmes et des danses traditionnelles. La fête se prolonge dans la nuit.
Au lendemain de la fête, Ténenkou s’ébroue timidement. Il est 7h, certains concurrents se préparent à regagner leurs villages. Et nous, nous sommes déjà à bord de notre pirogue.

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