Maliba

Le Droit D’en Parler. Vous avez dit frontières ?

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"De ce qui ne va pas, de ce qui ne va plus ou de ce qui va mal, il faut avoir le courage de parler; car nul n'a le droit  d'être complice de quelque vice".
C'est le 7 novembre prochain que sera donné le top départ de la huitième biennale photo dans sa version "Rencontres de Bamako - Biennale africaine de la photographie". Un grand événement sur le continent pour les chasseurs d'images du monde entier. Une occasion pour le Mali d'être, encore une fois, sous le feu des projecteurs de caméras photo et vidéo, au sens propre et plein du terme. Cette année, ce sont au total quarante photographes et treize vidéastes du continent qui seront exposés dans l'espace "international" des Rencontres. Cependant, de nombreux autres photographes et vidéastes auront l'opportunité de faire découvrir leurs talents sur plusieurs autres sites dédiés à l'événement. Excellente opportunité pour une plus grande visibilité de jeunes professionnels de l'image dont l'image qui souffre encore de bien de préjugés sur la photographie, un métier méconnu.
En effet, pour une large frange de la population, la photographie, tout le monde peut en faire; il suffit d'avoir entre les mains un appareil photographique. D'ailleurs, ça se voit tous les jours, les photographes, lors des mariages, des cérémonies de baptême, des anniversaires. Difficile donc d'imaginer qu'au - delà de cette photographie alimentaire qui se contente de figer un événement ou une posture dans un temps, il y a la dimension art que peuvent développer les "preneurs de vue", pour faire de leurs œuvres des véhicules de messages, comme les peintres, les sculpteurs, les écrivains. 
Les Rencontres de Bamako sont un appel à l'inspiration de ces photographes qui sont capables de traduire un thème donné en images - discours, en images - pensées, en images - concepts, méthodiquement agencées et densément allusives.
FRONTIÈRES. Voilà le thème traité cette année ! Un thème qui veut tout dire et qui peut tout dire ! Parce que nous vivons dans un monde de frontières. Un monde où, quoi que nous disions, quoi que fassions, nous  traduisons toujours notre appartenance à un côté d'une frontière, physique, mentale, sociale, culturelle, raciale, politique, économique, religieuse ou philosophique. Des frontières que nous rappellent constamment la duplicité d'un regard, l'hypocrisie d'un compliment, la condescendance d'un jugement ou la profondeur d'un préjugé. Des frontières tracées jadis par des personnages qui, s'estimant plus intelligents, voulaient se créer des territoires  pour dompter des sauvages sur qui ils tenaient à exercer leurs talents d'éducateurs universels. Des frontières que, devenus indépendants, les soi-disant pères de nos prétendues nations ont bien voulu conserver pour confirmer l'occidentalisation de leur intelligence et pouvoir jouir à en mourir de leur part de déité. Des frontières que respectent les riches face aux pauvres, divisant la société en classes isolées. Ces frontières entre privilégiés, assistés et délaissés que personne ne peut franchir sans être stigmatisé, rudoyé ou condamné…
Mais nous ne faisons pas que vivre dans un monde de frontières, nous sommes esclaves des frontières. Convaincus que l'herbe est toujours plus verte chez le voisin et que tout ce qui vient d'ailleurs est meilleur, nombreux sont ceux qui, parmi nous, préfèrent confier leur sort à l'autre côté de la frontière. Surtout quand, de l'autre côté de la frontière, il y a ceux qui nous ont révélé notre statut de minus habens, de bons à rien, d'éternels dépendants.  Une des meilleures preuves de ce mal qui s'apparente à un "complexe de la frontière", c'est le fait que les Rencontres de Bamako, instituées depuis 1994, âgées donc de 15 ans, sont toujours pensées, préparées, organisées et dirigées depuis la France. Au point où le Mali ne ressemble qu'à un pantin dans l'organisation d'un événement qui est censé lui appartenir.
A quoi sert alors cette Maison africaine de la Photographie créée en 2004? Une Maison qui, cette année, n'a même pas été associée ni à l'appel à candidatures, ni à la réception des dossiers de candidatures, ni à l'organisation matérielle des Rencontres de Bamako à proprement parler ! Parce qu'on aura trouvé sur place, une personnalité plus apte que le Directeur de cette Maison, pour gérer l'événement. Aberration administrativo - politico - relationnelle qui admet implicitement qu'on peut être reconnu incompétent et garder son poste. Abracadabrantesque !
D'autre part, pourquoi confier les tirages des photographies des Rencontres de Bamako à un laboratoire français quand il y a sur le sol malien, un centre de formation en photographie doté de matériels modernes et performants? Fascination de l'au-delà des frontières, certainement. A moins que cela ne soit l'expression du manque de foi traditionnel dans les compétences locales qu'on ne veut pas soutenir.
Bref, les frontières, ça mérite d'être vu en exposition. Pour une fois, les photographes vont briser toutes les frontières de l'imagination et de la création en traitant d'un thème qui donne le cafard aux politiciens et qui fragilise nos rapports à l'autre. Si seulement, au-delà du mot et de ses limites, ces images sans frontières peuvent tuer toutes les frontières dans notre esprit.
Alors, vous avez dit frontières ? Pour le moment, nous y sommes et… nous en sommes ! Bien à vous !
Par MINGA S.Siddick

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