Les privatisations en Afrique : polémique, planification et résultats.
Par Youssouf Diop
Introduction
En Afrique, les concepts de désengagement de l’Etat ont été beaucoup plus considérés comme une solution perturbatrice de l’équilibre sociopolitique de la région (déjà précaire) imposée de l’extérieur pour sortir du sous-développement.
Ce constat est conforté notamment par la réticence des décideurs politiques locaux à se débarrasser d’entreprises qui sont encore capables de faire des bénéfices.
L’histoire de la privatisation en Afrique reflète en un sens certains des problèmes auxquels se sont heurtés beaucoup d’autres processus de développement : manque d’engagement politique, défauts de conception, insuffisance des ressources, faiblesse de la gestion et corruption.
Les opérations de privatisation sont souvent perçues comme étant préjudiciables aux pauvres du fait de la perte des subventions publiques accordées aux services de base, aussi inefficaces qu’ils puissent être.
Il importe de se poser des questions simples pour éclairer les décisions futures relatives aux privatisations : « Quelle est la place du citoyen ? Qui a décidé de la privatisation ?. Qui en profite ?. La privatisation est-elle respectueuse de la citoyenneté ?. On parle de tout en matière de privatisation, sauf des hommes et des femmes réels ! » [1]
La privatisation des télécommunications au Mali, l’approvisionnement en électricité ou encore des services relatifs à l’eau donnent à penser que les efforts de privatisation se sont parfois traduits par un pas en avant et deux en arrière.
Problématique des privatisations ?
Les privatisations en Afrique suscitent beaucoup de polémiques plus que tout autres questions économiques. Le processus de privatisation a été plus répandu en Afrique qu’on ne l’avait généralement pensé mais elle soulève aussi de nombreuses questions sur la manière dont la privatisation a été planifiée et mise en oeuvre.
Pour les promoteurs, c’est le moyen de transformer des sociétés d’État mal gérées, souvent moribondes et budgétivores, en entreprises privées modernes, efficaces et compétitive. Plus les déceptions occasionnées par les mesures de réforme et de réhabilitation des entreprises publiques s’accumulaient, plus les bailleurs de fonds manifestaient de l’enthousiasme pour la privatisation.
L’émergence de la croyance selon laquelle la ligne de conduite économique optimale, à l’échelle mondiale, consistait à restreindre les Gouvernements et à libérer le potentiel des marchés a favorise une révision radicale de l’orthodoxie économique sur les questions de monopole.
Pour certains responsables, la privatisation représente une occasion unique non seulement de réduire le fardeau financier et administratif qu’impose les entreprises publiques, mais aussi de stimuler le développement du secteur privé, d’amener les pouvoirs publics à mieux justifier leurs actions et de contribuer à la lutte contre la pauvreté ; or rares sont les Gouvernements qui ont saisi cette occasion.
"Les entreprises publiques, souffrent de problèmes fondamentaux : structures de capitaux inadéquates, interventions et influence abusives de l’administration, technologies inadaptées, incompétences criantes et mauvaise gestion, corruption flagrante et complaisance paralysante." M. Olusegun Obasanjo. Cette approche de la privatisation est de plus en plus courante en Afrique.
Si les privatisations sont nécessaires, leur influence financière et organisationnelle en Afrique demeure marginale ; du fait notamment de la taille des entreprises privatisées, de leur état lors de la vente, des modalités et du contexte de leur cession.
Selon Mr Thierry Perret (Privatisations en Afrique, quelle analyse critique ?), Les privatisations s’effectuent le plus souvent dans un contexte de flou juridique et réglementaire, en l’absence de cahiers des charges méthodiques, sans véritable examen de la situation respective des entreprises à privatiser, sans trop de soin apporté à l’information des personnels et des populations, avec une opacité certaine sur les modes de rétrocession au privé, et pour finir dans une grande indécision sur les objectifs poursuivis.
Pendant des années, les Etats africains ont compté sur de vastes secteurs publics pour stimuler le développement économique, souvent en raison de la faiblesse extrême du secteur privé local juste après l’indépendance.
Mais, vu l’intensification des pressions exercées par le FMI, la Banque Mondiale et d’autres bailleurs de fonds en vue de libéraliser l’économie, un nombre croissant de dirigeants africains acceptent désormais de privatiser. De telles privatisations, leur affirme-t-on, contribueront à réduire les mauvaises performances et le gaspillage du secteur public, favoriseront l’expansion du secteur privé, attireront des investissements supplémentaires, de nouvelles technologies et relanceront la croissance économique.
En même temps, certains gouvernements veulent faire preuve de modération et éviter, dans la mesure du possible, les pièges, conflits et déboires qui ont caractérisé un grand nombre de privatisations entreprises à la fin des années 1980.
Les compagnies de télécommunications sont parmi les candidates les plus fréquentes à la privatisation. En Afrique, nombre de réseaux téléphoniques sont vétustes et ne relient qu’une infime partie de la population. Les pouvoirs publics africains ont pensé que vendre des actions de leurs compagnies de téléphone à des entreprises étrangères bien établies leur donnait facilement accès à de nouvelles technologies et à des sources d’investissements leur permettant de moderniser et d’étendre leurs réseaux. De 1995 à 1997, la vente de titres des compagnies de téléphone de six pays d’Afrique subsaharienne s’est élevée à plus de 1,7 milliard de dollars.
La plupart des nouveaux propriétaires ou partenaires qui ont annoncé d’ambitieux projets d’investissements supplémentaires n’ont pas remplis les cahiers de charges.
A ce constat désagréable s’en ajoute un autre, qui concerne la nationalité des repreneurs. Si l’on considère les grands services publics comme l’eau, l’électricité, les télécommunications ou encore les chemins de fer, on constate que ce sont toujours les mêmes grandes entreprises, majoritairement européennes, qui gèrent aujourd’hui les anciennes entreprises d’État.
Privatisation ou Recolonisation
En un quart de siècle, la majorité des entreprises publiques africaines a été cédée à des opérateurs privés, pour la plupart étrangers. Inquiétude sociale, conséquences économiques encore incertaines : le débat reste vif [2] .
Les opérations de privatisation des télécommunications conduites sous l’égide des institutions financières internationales en Afrique n’ont pas connu le succès qu’on espérait. Les opérations de privatisation des télécommunications ont certes permis ici et là de générer de l’argent, mais cet argent n’a été pas investi dans le développement des télécommunications. Il a plutôt servi, sur les conseils du FMI et de la Banque Mondiale, à payer les dettes des Etats.
Dans le secteur des télécommunications, le paysage est plus contrasté. Aux côtés de France Télécom, Portugal Telecom ou le britannique Vodafone figurent des sociétés asiatiques et africaines. Telecom Malaysia a remporté la mise en Afrique du Sud, au Ghana et en Guinée (des participations revendues depuis), tandis que la ZTE Corp. chinoise a obtenu le marché de la téléphonie du Niger. MTN, d’Afrique du Sud, s’est imposé dans plusieurs pays d’Afrique subsaharienne, dont le Cameroun.
Mais dans les transports, peu de réseaux de chemin de fer au sud du Sahara ont échappé au groupe français Bolloré. Après avoir raflé les lignes Abidjan-Ouagadougou, Douala-Yaoundé-Ngaoundéré et le réseau ferré du nord de Madagascar, il a soumissionné pour le Chemin de fer Congo-Océan (CFCO). Quant à la liaison Dakar-Bamako, c’est le groupement franco-canadien Transrail qui a obtenu fin 2003 un contrat de vingt-cinq ans pour l’exploitation et la gestion de la ligne.
A propos de la cession de la voie ferrée Dakar-Bamako le président malien Amadou Toumani Touré, en ces termes : « Ce n’est pas une fierté pour nous d’avoir accepté cette concession, cela ne peut d’ailleurs être une fierté pour aucun Malien... Ayant été incapables de gérer, d’autres le font à notre place. Mais eux, ils veulent le profit, alors que nous, nous voulons le social ». résume un sentiment d’insatisfaction encore plus largement partagé en Afrique (Jeune Afrique) Monsieur le président, n’existent-ils pas d’autres alternatives plus viables, plus concrètes et plus adaptées aux réalités locales ? Monsieur le président, un autre monde n’est-il pas possible ?
Le fait de devoir encore attendre de l’extérieur le choix du bon système du développement nécessaire aux pays africains est un drame bien réel dont on mesure mal les effets dévastateurs.
Les résultats de deux décennies
La charnière des temps dans la vie des hommes et des organisations est généralement l’occasion pour une introspection : voir le chemin parcouru, tirer les leçons, envisager l’avenir. C’est le bilan. Un exercice auquel beaucoup de gestionnaires dans notre société n’aiment pas se plier ce qui conduit à un fonctionnement empirique, entaché de nombreuses irrégularités. D’où, des surprises qui amènent la faillite.
La revue du processus de privatisation en Afrique en général et dans les zones UEMOA et CEMAC en particulier a dégagé autant échecs que succès. Ce processus loin d’être achevé est aussi mal perçu par les populations qui le qualifient d’être imposé de l’extérieur, ce qui est négatif pour son déroulement.
Contrairement à ce que les médias et nos leaders politiques martèlent depuis plus de vingt ans, les privatisations ne profitent que très rarement aux consommateurs et aux petites entreprises, et jamais aux contribuables.
Une évaluation juste supposerait qu’il soit possible de connaître la situation qui existerait si les politiques d’ajustement n’avaient pas eu lieu : aucun cas n’est disponible, ce qui tendrait à prouver qu’elles étaient inévitables. En revanche, il est possible de comparer les résultats escomptés avec la réalité des faits.
Il s’agirait de mesurer l’impact de l’ajustement sur les structures économiques des pays africains et sur leur croissance économique. Mais il faudrait aussi estimer les incidences sociales et culturelles induites par les politiques de restructuration : en terme d’emplois perdus, d’effectifs de nouveaux chômeurs et de jeunes sans emploi, de la montée de la criminalité et de la violence urbaine, du développement de la contrebande et des trafics en tous genres, des régressions de la situation sanitaire ou éducative en raison des restrictions budgétaires, de la dépendance accrue, au moins en matière de modèle de développement.
Un monde nouveau est-il possible ?
Selon Bernard Bouchard, de l’association Alternatives Canada, « Un autre monde est possible, mais encore faut-il s’en donner les moyens. Les Gouvernements ont échoué dans leur rôle de redistribution des richesses » et se sont faits complices de la marchandisation croissante de différentes aspects de la vie collective ». Les effets du désengagement de l’État, encouragé par les institutions financières internationales et les accords de libre-échange, sont particulièrement visibles.
Le désengagement de l’État se traduit par une attaque en règle contre les services publics et contre les travailleurs de l’État, ce qui implique une diminution des services à la population, voire leur « disparition ». Aucun changement à long terme n’est envisageable sans la sensibilisation du grand public quant à la condition des femmes, aux inégalités Nord-Sud, à la privatisation, aux réformes néolibérales, aux coupures budgétaires, à la sujétion de nos gouvernements aux diktats des institutions financières, etc.
Selon un rapport des Nations Unis publie par le PNUE « l’état du monde est pire que jamais. Jamais il n’y a eu autant de personnes souffrant de la pauvreté, de la faim, de la destruction de l’environnement, de la guerre et de la répression. »
Dans le but d’assurer notre démarche vers un monde sur et juste nous avons besoin de communautés humaines durables, et non pas de profits durables pour les entreprises.
Pour atteindre ces objectif il serait nécessaire de :
Lutter contre les causes de l’appauvrissement. L’amélioration des conditions de vie de toute la population du monde doit être le but premier des activités politiques et économiques Le libre accès aux biens publics doit être garanti. Les services publics ne sont pas à vendre ; ils doivent êtres protégés et développés, de même que les droits sociaux.
La responsabilisation des entreprises. Exiger des investisseurs privés qu’ils respectent les standards fondamentaux sur l’emploi et l’environnement définis par la législation nationale et le droit international, ainsi que la mise en place d’un mécanisme de vérification indépendant.
L’amélioration du système de protection sociale, notamment à l’intention des couches les plus vulnérables de la population, pour limiter l’exclusion des victimes du changement de politique économique, plus particulièrement à l’intention des jeunes dont les difficultés d’insertion professionnelle sont presque toujours aggravées par les incertitudes liées à ce changement.
L’évaluation permanente des résultats obtenus dans l’exécution de la politique de privatisation pour préparer les éventuelles adaptations des objectifs, de la stratégie retenue ou encore du programme de privatisation.
Le renforcement de l’autorité de l’Etat et la lutte contre l’impunité. La lutte contre la culture de l’impunité est indispensable si l’on souhaite donner toutes ses chances au développement et au respect des droits de la personne en Afrique. Pour qu’une société puisse fonctionner efficacement, il faut que la loi soit respectée. I1 faut à la fois que tous soient égaux devant la loi et que son application soit la même pour tous.
Les populations vivent dans l’extrême pauvreté du fait de la corruption, des détournements des deniers publics et d’autres actes commis par des personnes irresponsables bénéficiant de l’impunité.
Force est de reconnaître aujourd’hui la justice en Afrique ne répond pas au droit du developpement et n’encourage guère l’investissement. Un responsable Africain me disait un jour
Conclusion
L’objectif de cette étude n’est pas d’arrêter ou de freiner la mondialisation, ou encore moins la recherche d’une victoire sur les institutions financières internationales, mais une mondialisation sans famine, sans guerres, sans pauvreté. Comme dit le professeur Jean Ziegler « Nous sommes contre le capitalisme qui rompt avec toutes les formes de normativité, qui s’oriente au seul motif de profit. Le mode de production capitaliste est certainement le mode de production le plus vital et créateur qui n’ait jamais existé. Ce n’est pas le capitalisme, c’est le capitalisme sans norme qui s’éloigne de l’intérêt général ».
Barack Obama est né le 4 août 1961 à Honolulu, Hawaii. « Barack » signifie « béni » en hébreu, en arabe et swahili alors qu'Obama signifie « lance enflammée » en swahili[3]. Ses parents se sont rencontrés à Hawaii alors qu'ils étaient jeunes étudiants. suite
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