Maliba

Ligne de force : Affaire Camatte : ATT entre le marteau de Paris et l’enclume d’Alger

Envoyer Imprimer PDF

Paris n’est pas content de Bamako et c’est peu dire. Le dimanche 31 janvier à minuit expirait l’ultimatum lancé au gouvernement malien pour la libération de quatre éléments de Al Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) faits prisonniers par l’armée, faute de quoi l’organisation terroriste se promettait d’exécuter le Français Pierre, enlevé le 26 novembre 2009 à Ménaka, une localité de la région de Gao, au nord est du Mali. Heureusement, il n’y a pas eu d’exécution, AQMI ayant décidé, à la dernière minute, d’ajourner son ultimatum.

Invité à commenter cet ajournement dans une émission organisée par TV5 Monde, RFI et le journal Le Monde, Bernard Kouchner a pointé un doigt accusateur vers le Mali : « Je ne serai pas discret sur la façon dont le Mali est responsable. Il a l’obligation d’assurer la sécurité des ressortissants étrangers sur son sol. Trois Espagnols, deux Italiens et un Français sont gardés en otages sur son territoire. La responsabilité lui incombe, pas à nous ».

Avant de se reconnaitre quand même un certain rôle dans l’affaire un peu plus loin : « Je fais tout mon possible pour que cet homme échappe à la mort et soit libéré ».

Pour le ministre français des Affaires étrangères, la situation ne souffre d’aucune ambigüité : c’est le Mali – Etat souverain, rappelle t-il – qui a l’entière responsabilité de la gestion de ce dossier et doit s’appliquer pour lui trouver une issue heureuse.

En terme moins codé, Bamako doit se soumettre au diktat de AQMI et relâcher les quatre hommes détenus par les militaires maliens à la suite d’opérations de ratissage menées dans la région de Tombouctou, après l’assassinat, en mai 2009, du Lieutenant-colonel Ould Lamana. Une source sécuritaire assure que la rencontre qu’a eue Kouchner avec le président ATT, lundi soir, au palais de Koulouba, a été longue et difficile. Et que le premier est reparti de Bamako la même nuit vers son pays, profondément déçu. Voire amer.

Il est vrai que ce que veut Kouchner est plus facile à dire qu’à faire. En effet, au moins l’un des quatre individus emprisonnés est un Algérien qui passe pour être extrêmement dangereux. Il aurait à son actif plusieurs assassinats de civils et de militaires au moyen d’explosifs et d’armes de guerre, sans compter d’innombrables destructions de biens matériels.

Il serait l’un des hommes les plus recherchés par les autorités algériennes et celles-ci auraient déjà multiplié les démarches auprès d’ATT pour qu’il leur soit livré et qu’elles mettent un terme définitif à sa longue cabale meurtrière et dévastatrice.

ATT n’a pas encore cédé aux pressions de l’Algérie qui, au nom des accords sécuritaires signés entre les deux pays, réclame l’extradition de leur ressortissant, mais il connaît mieux que quiconque la capacité de nuisance du puissant voisin du Nord.

Épisodiquement, le président malien est attaqué par la presse algérienne qui l’accuse de complicité avec le terrorisme et même d’être le porteur de valises bourrées de millions d’euros destinés aux ravisseurs contre la libération des otages européens. Une pratique qui, du point de vue algérien, ne fait que perpétuer le fléau, ce qui paraît difficilement contestable.

Mais il y a pire. Sans le dire officiellement, Bamako est de plus en plus convaincu que le gouvernement algérien se trouve derrière le mouvement irrédentiste armé qui trouble par intermittence la région de Kidal. Et le récent regroupement, sous ses auspices et au cœur de sa capitale, d’une poignée de bandits armés se réclamant de la prétendue « Alliance démocratique pour le changement » pour lancer des diatribes contre le pouvoir malien est plutôt de nature à corroborer ce sentiment.

Voilà ce que proclamait l’un d’eux, Hama Ag Sidi Ahmed, qui se fait passer par ailleurs comme le porte-parole du tristement célèbre Ibrahim Ag Bahanga : « Le gouvernement de Bamako a concédé une partie du territoire national aux groupes terroristes et ne manifeste aucune volonté pour libérer le pays de la présence des groupes criminels ».

C’est exactement le même type de propos que l’on retrouve sous la plume de certains journalistes algériens à la solde de Bouteflika. Certains observateurs n’excluent pas une résurgence du banditisme armé dans la région de Kidal si ATT n’obtempère pas aux injonctions d’Alger de lui remettre les éléments d’AQMI qu’il détient, du moins l’ultra terroriste algérien.

Hama Ag Sidi Ahmed n’a-t-il pas annoncé, au cours d’un point de presse qui a clos la rencontre d’Alger, que Bahanga était attendu dans les deux jours ? Ce n’est sûrement pas un signe rassurant.

L’on voit donc qu’entre la France qui souhaite la libération des terroristes pour sauver la vie de Pierre Camatte et l’Algérie qui veut que les mêmes terroristes lui soient remis pour être châtiés avec la dernière rigueur, ATT est comme qui dirait pris entre le marteau et l’enclume. Certains pensent que la solution, pour sortir de l’impasse, réside dans une entente entre Paris et Alger.

Le premier doit convaincre le second d’accepter la libération des « aqmistes » par ATT pour épargner à Camatte le sort tragique du Britannique Edwen Diyer. A supposer que cet arrangement aboutisse, on aura peut-être sauvé la vie du « plus Malien des Français » mais la question de la rançon réclamée restera toujours pendante. Puisque liée à sa remise en liberté qui n’est pas encore à l’ordre du jour.

Saouti Labass HAIDARA

L'Independant

Commentaires (2)
...
Par Invité, mars 11, 2010
Vs pouvez pas actualiser votre site!!!!!!!!?????
...
Par Invité, février 13, 2010

Un enlèvement qui menace les intérêts des Etats dans le nord du Mali

Aucun autre pays ne peut mettre la pression sur un chef d'Etat d’un pays indépendant quelque soit l’ampleur de sa diplomatie ex-coloniale non fondée sur un intérêt commun surtout en pareille occurrence où notre nation mérite un respect décisionnel pour éviter ce coup bas dont il faudrait être prudent.

D’ailleurs ce genre de chantage est très courant dans certaines localités géographiques crées historiquement sur la base des injustices coloniales dont peu importe les causes, l’essentiel que la manœuvre paye.

Cette affaire ne relève pas d’un homme seul comme vous le prétendez mais de tous les bons citoyens Maliens dans la mesure où elle concerne le pays si nous voulons être grand en se projetant dans un futur tracé par une étude prospective.

C’est de cela qu’il s’agit et qui détermine notre résistance pour éviter les pièges de surprises sur notre propre territoire tissés par des siècles d’histoire, basés sur une richesse hybride.

Pour clore ma pensée je reporte quelques passages de l’écrivain Américain Peter Schawtz, un grand futuriste et président du Global Business Network qui disait que : « Ceux qui ne parviennent pas à tirer les leçons de l’histoire sont condamnés à être surpris par eux » et « La compréhension de ces inévitables surprises dans notre avenir est essentiel pour les décisions que nous avons à faire aujourd’hui, si nous sommes capitaines d’industrie, les dirigeants des nations, ou tout simplement des personnes qui se soucient de l’avenir de nos familles et nos communautés. Nous pouvons ne pas être en mesure de prévenir une catastrophe (même si parfois nous pouvons), mais nous pouvons certainement augmenter notre capacité à réagir, et notre capacité de voir les possibilités qui nous seraient autrement manquer ».

Enfin peu ou prou l’acuité de ces constats d’une manière ou d’une autre va se justifier très certainement sous plusieurs formes dans un avenir proche si nous ne restons pas sur le qui-vive et si nous n’observons pas en amont et en aval cette racine contagieuse à tous égards sinon par définition les Salafistes d’hier étaient composés que des Algériens qui réclamaient leur intégration politique mais aujourd’hui devenus Al Quaïdas pour le Maghreb Islamique composés de nationalités différentes dont les causes deviennent de plus en plus grandiloquentes et qui ne devraient aucunement nous concerner ni par les accusateurs et par les accusés d’où nous devrons rester clairvoyants aujourd’hui et à l’avenir devant ces pratiques courantes d’experts de toutes sortes pour le seul but de nuire les facteurs de tout développement constaté.

C’est pourquoi j’approuve sans conteste la position adoptée qui est celle de fermeté de l’Etat face à ce banditisme notoire sur notre territoire tout en assumant sa part de responsabilité dans ce gué tapant quotidiennement frontalier.

Cheick Fantamady


Ecrivez un commentaire
Réduire l'éditeur | Agrandir l'éditeur

 
You are here: