L'ombre tutélaire du président Konaré plane-t-elle sur le Général ?
Une confiscation du pouvoir par le président ATT et ses amis entrainerait de facto une recomposition presque "tragique" de notre paysage politique, un véritable appel d'air à tous les "héros", patriotes en herbe derrière une personnalité de grande stature. Paradoxe : au moment où le président réussit un vrai boom immobilier à travers son PDES, l'extrême misère sociale croissante frappe la majorité des Maliens.
L'ombre tutélaire de l'ex-président Konaré plane-t-elle sur le Général, sommé par sa "propre" Constitution, notamment celle de 92, de rendre le tablier en 2012, soit dans deux ans, à un successeur que lui-même aura choisi, comme c'est bien tacitement la règle sur le continent - ou par le candidat de l'une des trois formations les plus significatives du pays.
Il s'agit, incontestablement, de l'Adema, sortie largement vainqueur lors des dernières joutes municipales, de l'Urd et du Rpm. Mais, devant l'absence totale de visibilité, quant au choix d'un éventuel "dauphin du président", d'un "héritier présomptif", les langues se délient naturellement sur les intentions "secrètes" d'un président bien décidé à torpiller "La loi fondamentale" pour se représenter une troisième fois.
Les esprits malins et ingénieux imaginent plutôt un scénario plus soft, plus intelligent, qui passerait alors par une probable "harmonisation des mandats". Cette possibilité moins lourde de conséquences, devrait permettre au président et à l'ensemble des élus de la nation de terminer collectivement leur "mission" en 2014.
Les députés n'hésiteraient pas à voter pour une telle aubaine !
De l'avis d'un député, qui n'a pas sa langue dans sa poche - en privé s'entend - cette deuxième solution est sans doute plus facile à réaliser que de toucher à l'article 30 de notre Constitution que tous les démocrates et autres bruyants "héros" du 26 Mars considèrent comme un article inviolable, intouchable et éminemment sacré. "Au sein de l'hémicycle beaucoup de députés, se sentant irrémédiablement poussés vers la sortie, n'hésiteraient pas à voter pour une telle aubaine. Le président de l'Assemblée nationale, qui est en même temps président du parti majoritaire, est considéré comme un homme de consensus et d'équilibre. Il est clair, que le jour où cette question sera mise sur la table, le même scénario de 2007 pourrait sauver le président, qui dispose manifestement de puissants moyens - à commencer par les ministres qui occupent les postes-clés au sein de ces partis respectifs - pour arriver à ses fins".
" Impossible n'est pas malien " titrait, lors de la dernière Coupe d'Afrique des nations, le quotidien national "L'Essor", mais pas seulement qu'au football, j'imagine, car le président sera si conforté dans cette perspective, que des milliers d'associations erratiques, de partis - fantômes comme la Codem ou quasiment moribonds ou agonisants comme le Cnid---le voyage "initiatique" de son leader en troisième région obéissait plutôt à de simples effets de manche qu'à une véritable volonté de redynamiser les structures d'une formation toujours revisitée par les spectres.
Quid du Mpr ? "Passez, il n'y a plus rien à signaler". Son leader, qui passait même sous le pouvoir de Konaré comme un opposant charismatique, sérieux et respecté, est redevenu étrangement aphone. Mais, ne vous méprenez pas cependant ! Ce réalisme pur et (si) délicieux caractérise depuis 2002, cette formation qui choisit comme le Cnid - tous regroupés alors au sein de la fameuse coalition espoir 2002 - de voter pour le Général au deuxième tour contre le candidat "officiel" de l'Adema.
Ce vote en faveur du Général, par des responsables de premier plan de notre paysage politique, contre le candidat d'une formation politique, marque de toute évidence, la "descente aux enfers" de notre processus démocratique. Qui ne retrouvera d'ailleurs son fonctionnement normal qu'après le départ du Président ATT en 2012.
IBK : bénéficiaire d'une situation exceptionnelle !
"Un noble se lie par sa parole" apostrophait, il y a si peu, le professeur Aly Nouhoum Diallo, lors d'une conférence- meeting des militants Adema. Ce politicien rusé, très expérimenté sait, de toute évidence, que le pouvoir corrompt et qu'au pouvoir des armes, nous devons absolument opposer -lorsque les circonstances politiques l'exigeront - l'ultime pouvoir du peuple. En tous les cas, une confiscation du pouvoir par le président et ses amis entrainerait de facto une recomposition presque "tragique" de notre paysage politique, un véritable appel d'air à tous les "héros", patriotes en herbe derrière une personnalité de grande stature. Le principal bénéficiaire de cette situation exceptionnelle sera sans doute IBK, principal challenger au président ATT lors des grandes explications de 2007. Le président du RPM se savait sans doute vaincu, mais il voulait signifier par ce vote "seul rite de légitimation du pouvoir politique" que la meilleure leçon de citoyenneté est toujours à conquérir à travers l'onction populaire.
"Mais être président, c'est surtout accepter de marcher sous le soleil, sous la pluie, sous la neige" nous enseignait son ami, Laurent Gbagbo, encore au cœur de vives controverses dans son pays.
Ces inconditionnels enseignent toujours, que c'est grâce à sa vive opposition à une quelconque tentative de falsification de notre Loi fondamentale, que le président Konaré s'est vu contraint de faire marche arrière et de penser (presque à la sauvette) à une candidature du Général. Une candidature qui fut également soutenue par des milliers d'associations, d'amis qui pensaient tous que celui-ci représentait la meilleure alternative pour notre pays.
Mais si le président réussit un vrai boom immobilier (une vraie tromperie sur la marchandise, en somme parce que ne reflétant guère la vitalité de notre économie) à travers son PDES, l'extrême misère sociale qui frappe la majorité des Maliens "sans espoir et sans défense" représente un sévère bémol à cette litanie de louanges.
Bacary Camara * Journaliste *!